Bénin : Pèrèrè rend hommage à Saka Yérima

Pèrèrè, 17 décembre 2025 – Dans le nord du Bénin, au cœur du département du Borgou, la commune de Pèrèrè s’apprête à raviver la flamme d’un chapitre historique souvent relégué dans l’ombre. Le 31 décembre prochain, le village de Yariyo accueillera une cérémonie d’hommage dédiée à Saka Yérima, figure emblématique mais souvent méconnue de la lutte contre l’avancée coloniale française au nord du Dahomey (actuel Bénin) au début du XXᵉ siècle. Le village de Yariyo, lieu de sa dernière bataille, accueillera cet événement visant à restaurer la place de ce guerrier dans l’histoire nationale.

 

Les racines d’un guerrier Wassangari

 

Né vers 1830 dans la région de Pèrèrè, Saka Yérima est issu de la noble lignée wassangari de la dynastie Macararou. Fils de Kasa Pérégui, originaire de Darukpara, et de Yon Pénuguy, de Péguru, il grandit dans le Barutem, cœur historique du peuple baatombu (bariba), où il fut très tôt imprégné des valeurs de bravoure et de défense du territoire. C’est d’ailleurs cet héritage guerrier qui forgera son caractère face à l’adversité.

 

Saka Yérima : Le déclic de la révolte et l’organisation du combat

 

À la fin du XIXᵉ siècle, alors que les troupes françaises progressent pour soumettre les royaumes du Borgou, l’incendie de son village maternel, Gbégourou, le 4 novembre 1897, déclenche sa révolte. Face à cette agression, Saka Yérima refuse la soumission et rassemble rapidement une armée de combattants venus de N’Dali, Buri et Tamaru. Pour mener sa lutte, il mobilise les forgerons locaux afin de produire des armes traditionnelles – flèches et lances empoisonnées – et organise une défense en plusieurs postes fortifiés : Guinagourou, Bonuki, puis Yariyo, près de Worokpo. Son objectif : barrer la route vers Nikki, capitale politique des Bariba.

 

Le sacrifice ultime de Yariyo

 

Cependant, la supériorité technique des troupes coloniales finit par peser sur le conflit. Les affrontements à Guinagourou se soldèrent par la victoire française, provoquant un repli vers Bonuki au cours duquel le commandant Tamasunon y perdit la vie. Retranché à Yariyo dans une forteresse réputée imprenable, Saka Yérima fait face à une attaque massive le 31 décembre 1897. Trahi par des informateurs et assailli par des renforts ennemis, il choisit alors une fin héroïque : il fait exploser sa position plutôt que de capituler. Il tombe aux côtés de son épouse, devenue depuis lors un symbole de courage féminin, Baatombu.

 

Saka Yérima: sortir de « l’injuste oubli ».

 

Considéré comme le premier grand résistant du Nord, vingt ans avant Bio Guéra, Saka Yérima incarne une fierté inébranlable. Pourtant, son nom est resté longtemps absent des grands récits nationaux. C’est pourquoi l’historien Djibril Mama Débourou a dénoncé cet « injuste oubli » dans son ouvrage de 2016. Cependant, depuis les années 2010, la commune de Pèrèrè œuvre pour sa réhabilitation. Un mausolée a été inauguré en 2021 à Yariyo, et des hommages annuels sont désormais organisés chaque 31 décembre.

 

Vers une mémoire nationale inclusive

 

Cette initiative communale s’inscrit dans un mouvement plus large de réappropriation de l’histoire locale. En définitive, en célébrant ce héros à Yariyo, les autorités de Pèrèrè cherchent à transmettre aux générations futures le récit de ces luttes oubliées, renforçant ainsi l’identité culturelle baatombu au sein de la diversité béninoise. À travers cet hommage, la communauté de Pèrèrè affirme que la résistance anticoloniale ne se limita pas au sud : elle fut multiple, ancrée dans chaque terroir.

 

À l’heure où le Bénin célèbre de plus en plus ses héros anticoloniaux, cette commémoration rappelle que l’histoire nationale se nourrit aussi des voix des régions. La cérémonie du 31 décembre promet d’être un moment de recueillement et de fierté pour toute la communauté, célébrant un homme dont le sacrifice continue d’inspirer la quête de dignité.

Bénin : La journaliste Angela Kpeidja interpellée

Cotonou, 16 décembre 2025 – Le pouvoir béninois a lancé, depuis la fin de la semaine dernière, une vaste vague d’interpellations dans le sillage de la mutinerie déjouée du 7 décembre. C’est dans ce climat de tension extrême que les autorités ont procédé à l’arrestation de la journaliste Angela Kpeidja. Cette figure médiatique influente et militante des droits des femmes fait l’objet d’une enquête pour des commentaires sur les réseaux sociaux, jugée susceptible d’encourager ou de minimiser cette tentative de déstabilisation institutionnelle.

 

Contexte : la mutinerie du 7 décembre

 

Le 7 décembre, un groupe de militaires dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri avait pris le contrôle de la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Rapidement maîtrisée par les forces loyales, cette tentative avait semé l’inquiétude dans le pays, entraînant des arrestations et un renforcement de la vigilance sécuritaire.

 

Angela Kpeidja : un post jugé subversif

 

C’est dans les heures suivant ces événements qu’Angela Kpeidja a partagé un message sur Facebook, s’étonnant du silence de certaines hautes figures de l’armée : une formulation ironique pointant l’absence de communication du chef d’état-major. Ce post, largement partagé, a divisé l’opinion : certains y voyant une critique légitime, tandis que d’autres y voyaient une remise en question dangereuse de l’ordre républicain en pleine crise.

Si ce post a divisé l’opinion entre critique citoyenne et remise en question de l’ordre républicain, il a surtout fait réagir les forces de sécurité. Ces dernières ont rapidement placé la journaliste en garde à vue pour clarifier ses intentions. Ainsi, elle devrait prochainement comparaître devant un juge, dans le cadre d’une procédure visant à déterminer si ses propos relèvent de la liberté d’expression ou si elles pourraient être interprétées comme une incitation à la subversion ou une propagation de rumeurs préjudiciables à la stabilité nationale.

 

Les limites de la parole publique en question

 

Aucun détail officiel n’a filtré sur les chefs d’accusation précis, mais cette affaire s’inscrit dans une série d’enquêtes élargies touchant des opposants politiques et des influenceurs, soupçonnés de liens avec les mutins. Angela Kpeidja, déjà connue pour avoir brisé le silence sur le harcèlement sexuel dans les médias en 2020, défend régulièrement les causes sociétales et la transparence.

Cette interpellation relance le débat sur les frontières de la parole publique en temps de crise. Les défenseurs des droits humains et les organisations de presse s’inquiètent d’un possible durcissement, alors que les autorités insistent sur la nécessité de préserver l’unité nationale face aux menaces persistantes. Les acteurs médiatiques et de la société civile scruteront de près l’évolution de ce dossier, dans un Bénin encore profondément marqué par les secousses récentes.

L’issue de cette affaire déterminera la marge de manœuvre dont jouiront désormais les voix critiques au Bénin. Elle illustre la tension permanente entre la nécessité de maintenir l’ordre républicain et le droit fondamental des journalistes à interroger les silences du pouvoir, même en période de crise.

Natitingou : La DDIC traque les produits périmés à l’approche des fêtes

Natitingou, 16 décembre 2025 — La Direction Départementale de l’Industrie et du Commerce (DDIC) de l’Atacora-Donga a lancé, lundi, une opération de contrôle des denrées alimentaires au petit marché Yara de Natitingou. L’objectif annoncé : empêcher la mise en vente de produits impropres à la consommation, notamment ceux dont la date de péremption est dépassée.

 Protéger les consommateurs en période de fêtes

Selon le directeur départemental, Hantarou Kpara, cette campagne s’inscrit dans une dynamique de protection du consommateur à l’approche des célébrations de fin d’année. En effet, c’est une période durant laquelle certains stocks anciens peuvent être passés à la hâte au détriment de la santé publique. Les équipes de la DDIC vérifient ainsi la conformité des étiquetages et procèdent aux constatations nécessaires directement sur place.

 La DDIC traque les produits périmés sur les marchés avant les fêtes. Sanctions fermes et appel à la vigilance pour les consommateurs
© La DDIC traque les produits périmés sur les marchés avant les fêtes. Sanctions fermes et appel à la vigilance pour les consommateurs

 La DDIC : sanctions et vigilance citoyenne

Kpara a prévenu que les commerçants surpris en infraction s’exposent à des mesures coercitives. À cet effet, les sanctions pourront aller de l’amende à des poursuites judiciaires, en fonction de la gravité des faits relevés.

Parallèlement aux contrôles, la DDIC invite les consommateurs à la vigilance. Vérifiez systématiquement les dates de péremption avant tout achat, cela demeure, selon le directeur, le meilleur moyen de se prémunir contre les pratiques commerciales déloyales et d’éviter des risques sanitaires. L’opération de contrôle se déroulera progressivement jusqu’au 31 décembre 2025, avec des descentes programmées dans plusieurs lieux de commerce du département.

 

Au-delà de la rigueur des contrôles administratifs, cette opération rappelle que la sécurité alimentaire est une responsabilité partagée. Si la DDIC assure son rôle de gendarme du commerce, la vigilance de chaque ménage reste le dernier rempart contre les risques sanitaires. En cette période de réjouissances, l’enjeu est clair : faire en sorte que la fête ne laisse place à aucune amertume médicale, en garantissant à chaque citoyen de l’Atacora-Donga des produits sains dans son assiette.

CRIET : Le verdict Amoussou, un sinistre avertissement à la liberté d’expression

Porto-Novo, 15 décembre 2025 – La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), cette juridiction d’exception tant décriée pour son allégeance au pouvoir, a scellé lundi le sort de Steve Amoussou, le cyberactiviste présumé derrière le compte anonyme « Frère Hounvi ». En appel, la chambre a requalifié les faits – passant d’« injure à motivation politique » à « harcèlement électronique, diffusion de fausses nouvelles et incitation à la rébellion » – mais a cyniquement maintenu la lourde peine initiale : 24 mois de prison ferme et 2 millions de FCFA d’amende. Un maquillage judiciaire qui ne trompe personne : la sentence reste identique, et ainsi, une voix dissidente est bâillonnée.

 

La CRIET, instrument de répression 2.0

 

Cette décision n’est pas une surprise dans un pays où la CRIET, créée en 2018, s’est muée en instrument de répression politique. Accusé d’avoir animé un compte diffusant des chroniques audio virulentes contre le président Patrice Talon et son entourage, Amoussou paie le prix de sa liberté d’expression. De plus, l’affaire est aggravée par son enlèvement en août 2024 à Lomé, au Togo – un rapt extraterritorial qui a frôlé la crise diplomatique. Rapatrié de force au Bénin pour affronter une justice expéditive, Amoussou espérait peut-être un allègement en appel. Cependant, la requalification des infractions, alignée sur les réquisitions initiales du parquet, n’a servi qu’à légitimer une condamnation déjà écrite.

 

La capitulation de la défense

 

Pire encore, l’avocat de la défense, Me Aboubacar Baparapé, présent au délibéré, a annoncé renoncer à tout pourvoi en cassation. Associé à l’appel du parquet spécial, il justifie ce choix par le « soulagement » que la criée n’ait pas aggravé la peine. Une capitulation qui interroge : dans un système où la défense semble parfois jouer le jeu du pouvoir, cette résignation laisse Amoussou croupir en prison sans espoir de recours final. « C’est un soulagement pour mon client », a-t-il déclaré – des mots qui sonnent comme une abdication face à l’inévitable.

 

Un message clair aux citoyens

 

Cette affaire illustre la dérive autoritaire du régime Talon : critique sur les réseaux sociaux équivaut désormais à un délit passible de lourdes peines, sous couvert fallacieux de « fausses nouvelles » ou « incitation à la rébellion ». La CRIET, dont les ONG et les observateurs internationaux mettent en doute l’indépendance, enchaîne les condamnations contre les opposants, les exilés rapatriés ou les cyberdissidents sans souci. En conséquence, la liste des voix réduites au silence s’allonge. Pendant ce temps, les prisons béninoises – surpeuplées et insalubres – accueillent toujours plus de prisonniers politiques.

Que reste-t-il de la liberté d’expression au Bénin, jadis modèle démocratique en Afrique de l’Ouest ? Cette confirmation en appel n’est pas qu’un verdict judiciaire : c’est un message clair du pouvoir aux citoyens – taisez-vous, ou subissez. En somme, dans ce contexte de verrouillage institutionnel croissant, avec des opposants emprisonnés ou exilés, l’affaire Amoussou sonne comme un avertissement de sinistre. La communauté internationale observe, condamne mollement, mais agit peu. Pendant ce temps, un homme paie de sa liberté le prix d’avoir osé parler. Triste bilan pour un pays qui se targue de progrès économique au détriment des droits fondamentaux.

Bénin : silence des élites face à l’agonie de la Constitution de 1990

Cotonou, 15 décembre 2025 – Qui osera encore défendre la Constitution béninoise du 11 décembre 1990, cette œuvre magistrale du professeur Maurice Ahanhanzo-Glèlè, jadis avantageuse comme un modèle africain de transition démocratique ? Aujourd’hui, elle est foulée aux pieds sans que les « dignes fils du Dahomey » ne bougent le petit doigt. En conséquence, le Bénin, ce pays autrefois fier de son pluralisme et de sa vitalité institutionnelle, glisse inexorablement vers une autocratie décomplexée, sous le regard indifférent d’une société qui acclame son propre bourreau.

 

L’omerta complice des « éminents juristes »

 

Où sont passés nos éminents juristes, ces gardiens autoproclamés de l’État de droit ? Robert Dossou, Théodore Holo, Adrien Houngbédji, Ousmane Batoko, Joseph Djogbénou, Dorothée Sossa : leur silence est assourdissant face à l’arbitraire qui gangrène le pays. Eux qui juraient autrefois de défendre la patrie et ses lois fondamentales, préfèrent aujourd’hui l’omerta complice. Dès lors, dans un pays réputé pour ses cadres compétents et son intelligence collective, comment accepter que la solidarité, valeur ancestrale, cède la place à une indifférence criminelle ?

 

La dérive autoritaire et ses méthodes totalitaires

 

Le régime de Patrice Talon n’épargne plus personne. Même les fidèles d’hier finissent en cellule, preuve que la paranoïa du pouvoir ne connaît plus de limites. De plus, que dire des enlèvements extraterritoriaux ? Steve Amoussou kidnappé au Togo en 2024, Comlan Hugues Sossoukpè arraché en Côte d’Ivoire en 2025 : des opérations dignes de régimes totalitaires, risquant des crises diplomatiques graves, mais passées sous silence par une société tétanisée. Nos juristes tolèrent les lois sur mesure, les affrontements violents dans le nord du pays qui coûtent des vies civiles, les violations flagrantes de la Constitution – en somme, tout cela, parce que ce n’est pas encore leur maison qui brûle.

 

Le péril du silence : une solidarité sacrifiée

 

Comme le dit le proverbe : si la maison de ton voisin brûle et que tu restes indifférent, quand la tienne prendra feu, personne ne viendra t’aider. Ce silence collectif n’est pas de la sagesse, c’est de la complicité par ignorance ou peur. Un peuple solidaire en privé, mais muet en public, alimente le rouleau compresseur qu’il subira demain. Même les rites culturels Vodoun, sous le couvert de la mondialisation, semblent avoir perdu leur rôle de vérité : les chefs traditionnels ne parlent plus franc.

 

Le réveil est urgent

 

La Constitution de 1990, socle de notre volonté populaire, est violée impunément par un seul homme, fut-il président. Pourquoi cette colère légitime ne s’exprime-t-elle pas ? Les Béninois, intelligents et solidaires, méritent mieux que cette résignation. Il est également impératif d’agir : briser le silence, exiger le respect des droits, ou accepter que la vulnérabilité devienne le lot de tous. Une pensée solidaire pour les familles brisées par cet arbitraire – leur souffrance est aussi la nôtre, par notre mutisme complice.

Coup d’État au Bénin : une purge qui ne dit pas son nom

Cotonou, 15 décembre 2025 – À peine remis d’une tentative de coup d’État déjouée le 7 décembre, le régime de Patrice Talon accélère ce qui ressemble de plus en plus à une chasse aux sorcières systématique contre toute voix critique. L’arrestation de Candide Azannaï, ancien allié devenu opposant virulent, le 12 décembre, suivie de celle de Chabi Yayi, fils de l’ex-président Thomas Boni Yayi, dans la nuit du 13 au 14 décembre, illustre une dérive autoritaire inquiétante. Dans un pays jadis cité en exemple pour sa vitalité démocratique, la règle semble dorénavant claire : qui n’est pas avec le pouvoir est contre lui – et finit derrière les barreaux.

 

Coup d’État : le scénario bien rodé de la répression politique

 

Les forces de l’ordre ont interpellé Candide Azannaï, ex-ministre délégué à la Défense sous Talon lui-même, au siège de son parti Restaurer l’Espoir. Placé en garde à vue pour « complot contre l’autorité de l’État » et « incitation à la rébellion », il paie sans doute le prix de ses déclarations fracassantes : il avait qualifié les élections de 2026 de « fausses » et fustigé la révision constitutionnelle adoptée en novembre, perçue comme un moyen de consolider le contrôle du pouvoir. Malgré son défi public lancé à Talon de l’arrêter, le régime n’a pas hésité.

Moins de 48 heures plus tard, les forces de sécurité ont cueilli Chabi Yayi, cadre du parti Les Démocrates et fils de l’ancien président Boni Yayi, à son domicile en pleine nuit. Perquisition, saisie de matériels, garde à vue : le scénario est rodé. Officiellement lié à l’enquête sur le putsch avorté, ce timing précis soulève des soupçons légitimes d’instrumentalisation d’une crise sécuritaire pour museler l’opposition. En d’autres termes, le putsch manqué du 7 décembre – avec ses mutins annonçant à la télévision la destitution de Talon avant que l’appui nigérian, ivoirien et Français ne les neutralise – a offert au régime un prétexte en or.

 

La CRIET, instrument d’une justice expéditive

 

Cette vague répressive n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une longue liste d’emprisonnements d’opposants ou d’anciens alliés : Reckya Madougou croupit en prison depuis 2021 pour des accusations de « terrorisme » jugées politiquement motivées ; Olivier Boko et Oswald Homeky, anciens proches de Talon, ont écopé de 20 ans ferme en janvier 2025 pour tentative de coup d’État. La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), souvent évoquée pour son manque d’indépendance, semble devenue l’instrument privilégié d’une justice expéditive réservée aux dissidents.

 

Les signes d’un verrouillage durable

 

Parallèlement à cette répression, le pouvoir investit dans de nouvelles infrastructures carcérales : un centre pénitentiaire moderne est en construction à Ouèdo, sur 4,3 hectares, avec livraison prévue en 2026. Officiellement pour désengorger les prisons existantes, mais dans le contexte actuel, beaucoup y voient un sinistre présage : le régime se prépare-t-il à accueillir davantage d’« ennemis de l’État » ? De plus, la révision constitutionnelle tout juste validée par la Cour, instaurant un Sénat et un septennat présidentiel, passe pour une manœuvre supplémentaire de verrouillage institutionnel.

 

Coup d’État : le prix du réveil citoyen

 

Que reste-t-il de la démocratie béninoise, autrefois modèle en Afrique de l’Ouest ? Un système où critiquer le pouvoir équivaut à un crime contre l’État, où les prisons se remplissent d’opposants et où les élections à venir s’annoncent comme une formalité. Patrice Talon et sa « clique » – comme le disent de plus en plus ouvertement les citoyens – transforment le Bénin en une république bananière déguisée en succès économique. Les Béninois, épuisés par le silence complice d’une partie de la société, commencent à dire : assez. Les preuves sont là, les vidéos tournent, et la peur n’étouffe plus les voix. Le réveil est en marche, mais à quel prix ?

Bénin : Gernot Rohr dévoile ses 28 Guépards pour la CAN 2025

Cotonou, 12 décembre 2025 – Le suspense a pris fin. Gernot Rohr a rendu publique ce vendredi la liste définitive des 28 joueurs qui porteront le maillot des Guépards lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026.

Comme redouté, deux forfaits de taille viennent amputer l’effectif : Andreas Hountondji et Felipe Santos, tous deux blessés, restent à la maison. Néanmoins, le sélectionneur germano-nigérian a pu compter sur l’intégralité de son socle expérimenté.

Steve Mounié, capitaine et buteur attitré, conduira le groupe, entouré des habitués Olivier Verdon en défense centrale, Junior Olaitan au milieu, Jodel Dossou sur les ailes, ainsi que des cadres comme Cédric Hountondji, David Kiki ou encore le gardien Saturnin Allagbé.

 Un Groupe D explosif et un objectif clair

 

Versés dans la poule D, les Guépards croiseront le fer avec le champion en titre sénégalais, la République Démocratique du Congo et le Botswana. Par conséquent, un tirage corsé oblige le Bénin à sortir le grand jeu dès le premier match.

Le calendrier des Guépards est le suivant :

  • 23 décembre 2025 : RDC – Bénin
  • 27 décembre 2025 : Bénin – Botswana
  • 30 décembre 2025 : Sénégal – Bénin

« Nous savons que chaque rencontre sera une finale. L’objectif est clair : passer le premier tour pour la première fois depuis 2019 », a déclaré Gernot Rohr en conférence de presse, tout en insistant sur « la solidarité et l’état d’esprit » comme clés du succès.

 

Stage de préparation à Casablanca

 

Le rassemblement débute lundi 15 décembre à Casablanca, où l’équipe posera ses valises avant un stage de préparation de six jours. Deux matchs amicaux sont encore à l’étude pour peaufiner les automatismes.

Après avoir frôlé l’exploit lors des éliminatoires (notamment la victoire historique contre le Nigeria), les Guépards abordent cette CAN avec l’ambition de franchir enfin le cap du premier tour. Le peuple béninois, quant à lui, n’attend qu’une chose : voir ses jaunes et verts rugir sur les pelouses marocaines.

CEDEAO : le Centre régional jeunesse‑sports s’installe au Liberia

Abuja (Nigeria), 11 décembre 2025 – La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a choisi de miser sur l’avenir et la réconciliation. En pleine session ministérielle à Abuja, l’organisation a officialisé, ce jeudi, l’installation de son Centre de Développement de la Jeunesse et des Sports (CDJS) dans la capitale libérienne, Monrovia. Cet accord de siège, signé en présence de la ministre libérienne des Affaires étrangères, Sara Beysolow Nyanti, est un puissant symbole : il place la jeunesse et le relèvement post-conflit au cœur des priorités régionales, offrant un contrepoint positif à la crise institutionnelle que traverse actuellement l’organisation.

Centre régional : accord de siège et statut international

 

La cérémonie, qui s’est déroulée dans la capitale nigériane, en présence de plusieurs ministres des Affaires étrangères de la région, a réuni la ministre libérienne des Affaires étrangères, Sara Beysolow Nyanti, et le président de la Commission de la CEDEAO, Dr Omar Alieu Touray.

Le document consacre juridiquement l’installation du Centre sur le territoire libérien et lui accorde le statut classique des organisations internationales : immunités diplomatiques, extraterritorialité des locaux, exonérations fiscales et douanières, ainsi que la protection des agents et des biens de l’institution.

Ce futur centre régional aura pour mission de coordonner les politiques sportives et les programmes de formation des jeunes dans les quinze pays membres, avec un accent particulier sur l’insertion professionnelle, l’éducation par le sport et la prévention de la délinquance juvénile.

 Le Liberia signe un accord historique avec la CEDEAO pour héberger le Centre régional de Développement Jeunesse et Sports (CDJS) à Monrovia.
© Le Liberia signe un accord historique avec la CEDEAO pour héberger le Centre régional de Développement Jeunesse et Sports (CDJS) à Monrovia.

 Un geste fort de reconnaissance historique

 

À l’issue de la signature, la ministre Sara Beysolow Nyanti a tenu à remettre deux distinctions honorifiques particulièrement émouvantes :

Premièrement, au nom du peuple et du gouvernement libériens, elle a décerné une haute distinction à la CEDEAO en tant qu’institution pour son rôle décisif dans la fin des guerres civiles (1989-2003) et la consolidation de la paix.

Ensuite, la ministre libérienne des Affaires étrangères a remis une seconde distinction au ministre béninois des Affaires étrangères, Olusegun Adjadi Bakari (qui assure la présidence tournante du Conseil des ministres), au nom de l’ensemble des États membres, pour leur soutien constant à la reconstruction démocratique du Liberia.

« Sans l’intervention déterminante de la CEDEAO et de ses États membres, notamment à travers l’ECOMOG puis l’ECOMIL, le Liberia ne serait peut-être pas debout aujourd’hui », a déclaré la cheffe de la diplomatie libérienne, visiblement émue, sous les applaudissements nourris de la salle.

Centre régional: un symbole face à la crise institutionnelle

 

Le choix de Monrovia pour accueillir cette institution dédiée à l’excellence sportive et éducative n’est pas un hasard. Il rappelle le rôle de bouclier de la CEDEAO dans l’histoire récente du Liberia, notamment via les forces de l’ECOMOG et de l’ECOMIL.

Les travaux de construction du siège du CDJS, financés par la Commission de la CEDEAO et plusieurs partenaires, devraient débuter au premier semestre 2026 dans la banlieue de Monrovia.

Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger tournent le dos à l’organisation, le Libéria, lui, a choisi d’en rappeler la valeur — et de le faire en pleine lumière, à Abuja. En récompensant la CEDEAO pour son engagement passé, Monrovia envoie un signal fort à toute l’Afrique de l’Ouest : au-delà des turbulences politiques, la solidarité et la construction commune restent des impératifs historiques.

Le journaliste Sossoukpè : 154 jours de détention dans l’ombre

Cotonou, 11 décembre 2025 –   Le journaliste d’investigation béninois Comlan Hugues Sossoukpè, connu pour ses enquêtes sur la corruption, croupit depuis plus de cinq mois dans des conditions qualifiées d’« inhumaines » à la prison civile de Ouidah. Les autorités béninoises l’ont récupéré le 9 juillet 2025 après son interpellation en Côte d’Ivoire, puis l’ont immédiatement placé en isolement quasi total. Privé de tout contact avec sa famille et ses avocats, il devient, selon ses soutiens, la cible d’une « vengeance lente et silencieuse ».

 

Un isolement carcéral qui s’apparente à une disparition

 

D’après plusieurs sources concordantes, l’ancien réfugié politique togolais passe vingt-deux heures par jour enfermé, sans le moindre échange avec les autres détenus. L’administration pénitentiaire refuse systématiquement les visites : ni sa mère, ni sa fille, ni aucun membre de sa famille n’ont pu apercevoir son visage depuis son transfèrement. Ses avocats, eux, se heurtent à un refus catégorique.

Son dossier judiciaire reste figé. Aucune audition. Par mise en examen. Aucune date d’audience. Rien.

« On veut l’effacer », confie un membre du collectif de soutien, sous anonymat. « Ce n’est pas une détention, c’est une vengeance lente et silencieuse. »

 

Sossoukpè : Des enquêtes qui dérangent, au cœur de son enlèvement

 

Comlan Hugues Sossoukpè s’est imposé par ses enquêtes sans concession sur la corruption et les dérives autoritaires au Bénin. Ses révélations sur la gestion controversée des contrats publics en 2018 avaient déclenché une vive polémique. Menacé, il avait fui à Lomé en 2019, où il avait également obtenu le statut de réfugié politique.

Son retour forcé au Bénin — présenté comme une opération conjointe entre services ivoiriens et béninois mais dénoncé comme une extradition illégale — a immédiatement suscité l’indignation des organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse.

 

Silence officiel, pression internationale

 

D’ailleurs, depuis son enlèvement, les autorités béninoises gardent un silence absolu. Ni le ministère de la Justice, ni la direction de la prison de Ouidah, ni la présidence n’ont répondu aux multiples demandes d’explication.

Face à cette opacité, Reporters sans frontières, Amnesty International et la FIDH réclament sa libération immédiate et l’ouverture d’une enquête indépendante sur les conditions de son arrestation et de sa détention.

« Même les personnes poursuivies pour terrorisme bénéficient de droits élémentaires que l’on refuse à Hugues », déplore un avocat béninois qui suit le dossier à distance. « On est dans l’arbitraire pur et la violation flagrante du droit. »

 

Finalement, cela fait désormais 154 jours que dure ce que de plus en plus de voix au Bénin qualifient de « disparition forcée en plein jour ». Et aucune perspective de clarification ne se dessine.

Bénin : la première édition du Prix Gazelle consacre dix entreprises

C’est dans une salle comble du Novotel Orisha, lundi soir, que le Bénin a officiellement lancé son nouveau prestigieux rendez-vous économique : le Prix Gazelle. Organisée conjointement par le magazine CADRECO et la Chambre de Commerce et d’Industrie du Bénin (CCI Bénin), cette première édition a réuni dirigeants d’entreprises, représentants institutionnels et partenaires financiers autour d’un même mot d’ordre : saluer celles et ceux qui font bouger l’économie du pays.

Dix lauréats pour trois catégories de croissance

 

Dix sociétés, toutes tailles et tous régimes fiscaux confondus, sont montées sur scène pour recevoir trophée, diplôme et cadeaux offerts par MTN Business, partenaire principal. Ainsi, les organisateurs ont réparti les dix sociétés en trois catégories distinctes : deux « Gazelles Émergentes », trois « Gazelles Confirmées » et cinq « Gazelles Leaders », récompensant ainsi des parcours allant de la jeune pousse ambitieuse au poids lourd établi. Parmi les vainqueurs, on a remarqué la société Agri-Boost, spécialisée dans la transformation de produits locaux, en tant que Gazelle Émergente, illustrant le dynamisme du secteur agro-industriel.

 

 Prix Gazelle : célébrer l’audace malgré la tempête

 

« Nous célébrons ce soir l’audace et l’excellence entrepreneuriale béninoise », a lancé Arnauld Akakpo, président de la CCI Bénin, en ouvrant la cérémonie. De fait, pour lui, ce prix s’inscrit dans la droite ligne de la mission de l’institution consulaire : créer des ponts entre entreprises, investisseurs et pouvoirs publics, tout en valorisant innovation et responsabilité. Il a rappelé que les lauréats ont été choisis sur leur capacité à avoir maintenu, voire accéléré, leur croissance entre 2019 et 2025 – une période particulièrement marquée par la pandémie, les chocs mondiaux et les réformes fiscales nationales.

Première édition du Prix Gazelle à Cotonou : 10 entreprises récompensées pour leur croissance 2019-2025. Trophées remis par la CCI Bénin et CADRECO au Novotel Orisha.
© Première édition du Prix Gazelle à Cotonou : 10 entreprises récompensées pour leur croissance 2019-2025. Trophées remis par la CCI Bénin et CADRECO au Novotel Orisha.

Des critères chiffrés à la résilience managériale

 

Francine Aïssi Houangni, présidente du jury, a détaillé la méthode de sélection. Les dossiers devaient comporter des états financiers certifiés et une note stratégique expliquant la vision de croissance de l’entreprise. Cependant, initialement très stricts, les critères ont dû être légèrement assouplis en cours de route : seules trois sociétés répondaient parfaitement aux exigences chiffrées initiales. Par conséquent, le jury a décidé de prendre également en compte la qualité du management, la discipline interne et la trajectoire globale. Cette flexibilité a permis de valoriser la résilience managériale, souvent aussi cruciale que les chiffres bruts. « Le Bénin possède un vivier d’entreprises solides, capables de rayonner bien au-delà de nos frontières », a-t-elle affirmé, avant de féliciter chaleureusement les dix lauréates, désormais « ambassadrices » du Prix Gazelle.

 Prix Gazelle : un rendez-vous annuel tourné vers l’avenir

 

Du côté de l’organisation, Yann Coco, gérant de CADRECO, n’a pas caché sa satisfaction. « Voir naître une distinction entièrement dédiée aux entreprises qui ont tenu bon et progressé malgré les tempêtes, c’est une fierté », a-t-il déclaré. Il a tenu à remercier les nombreux partenaires qui ont rendu l’événement possible : Caisse des Dépôts et Consignations du Bénin, Port Autonome de Cotonou, Fabrimétal Bénin, MTN Business, SGI-AGI, AGA et La Poste du Bénin. Message spécial également aux entreprises non sélectionnées cette année : « Continuez, perfectionnez-vous, l’an prochain le trophée peut être pour vous. »

En une soirée, le Prix Gazelle a posé ses marques : un rendez-vous annuel qui entend devenir la vitrine de l’entrepreneuriat béninois performant et la boussole d’une économie tournée vers l’innovation et la résilience. La CCI Bénin l’a promis : elle remettra le couvert, avec encore plus d’ambition, en 2026.