Sommet juridique à Porto-Novo : Dandi Gnamou interpelle la magistrature

Porto-Novo s’est imposé, le lundi 2 novembre 2026, comme le centre névralgique de la réflexion juridique africaine. L’École Régionale Supérieure de la Magistrature (ERSUMA) accueille la 18ᵉ session de formation de l’Association Africaine des Hautes Juridictions Francophones (AA-HJF). Jusqu’au 4 novembre 2026, l’élite de la magistrature du continent analyse les transformations profondes qui affectent l’exercice de la justice, conciliant l’urgence de protéger les droits fondamentaux et l’obligation de garantir la stabilité des institutions.

Pre Dandi Gnamou
© Pre Dandi Gnamou
L’impuissance du juge international face à la fragilisation des normes

La journée inaugurale a placé la crise globale de l’ordre juridique au cœur des débats. Présidant la modération de la première conférence, la professeure Dandi Gnamou, présidente de la Haute Cour de Justice du Bénin, a guidé les échanges sur la vulnérabilité croissante des tribunaux internationaux face à la dégradation des règles collectives. Les participants ont ainsi questionné la posture idéale du juge dans un environnement multilatéral affaibli. L’assemblée a opposé une application strictement formaliste des textes à une démarche plus prospective, érigeant le magistrat en gardien de la mémoire et en bâtisseur d’une nouvelle légalité internationale.

Pre Dandi Gnamou
© Pre Dandi Gnamou
Encadrer le contrôle constitutionnel pour préserver la chose jugée

Lors des travaux de l’après-midi, les réflexions se sont orientées vers le droit interne et l’équilibre des pouvoirs au sein des États. Animant un atelier consacré au contrôle de constitutionnalité des actes juridictionnels, la professeure Gnamou a abordé la délicate frontière entre la protection constitutionnelle et l’autorité des décisions de justice. Les spécialistes ont notamment averti contre le risque de transformer la juridiction constitutionnelle en un degré supplémentaire de recours, une dérive susceptible d’ébranler l’autorité de la chose jugée. Les experts recommandent dès lors un encadrement rigoureux de ces procédures, exigeant une définition stricte des conditions d’accès et des compétences des juges.

Pre Dandi Gnamou
© Pre Dandi Gnamou
Une feuille de route stratégique pour la justice francophone

Cette rencontre internationale dépasse le cadre de la mise à niveau technique pour poser les fondations d’une doctrine judiciaire continentale réaffirmée. Face aux mutations géopolitiques actuelles, les juridictions suprêmes d’Afrique francophone cherchent à consolider la sécurité juridique, facteur indispensable au développement économique et à la paix sociale. Les magistrats poursuivront leurs ateliers jusqu’au 4 novembre 2026 à Porto-Novo afin de formuler des directives opérationnelles. À terme, ces travaux renforceront l’efficacité de la justice tout en préservant l’équilibre institutionnel de chaque État membre.

Alors que les mutations du droit et des équilibres institutionnels se multiplient à l’échelle mondiale, les conclusions de cette 18ᵉ session de l’AA-HJF pourraient contribuer à redéfinir le rôle des hautes juridictions africaines dans la consolidation de l’État de droit et la préservation de la sécurité juridique sur le continent.

Cotonou : Grand sommet pour accélérer le numérique en Afrique

Vingt ministres, des géants tech et la Banque mondiale veulent bâtir un marché commun du numérique. Objectif : connecter 300 millions de citoyens et créer des millions d’emplois qualifiés.

Cotonou, 18 novembre 2025 –Depuis hier, le 17 novembre 2025, Cotonou accueille le Sommet régional sur la transformation numérique, co-organisé par le Bénin et la Banque mondiale.

Pendant deux jours, ministres, experts et partenaires privés dessinent la feuille de route qui doit faire du numérique le moteur de la croissance et de l’intégration régionale.

Le Bénin passe à la vitesse numérique

 

Il y a dix ans, le Bénin végétait à 19 % de pénétration internet mobile. Aujourd’hui, le pays flirte avec les 75 %, dépassant la moyenne ouest-africaine estimée à 55 %. Il a dématérialisé plus de 250 services publics et formé des centaines de milliers de citoyens aux métiers du numérique.

« Nous sommes passés du statut de lanterne rouge à celui de nation qui montre la voie », a résumé Abdoulaye Bio Tchané, ministre d’État chargé de la Coordination de l’action gouvernementale, présent à l’ouverture aux côtés de Romuald Wadagni (Économie et Finances) et d’Aurélie Adam Soulé Zoumarou (Numérique).

La ministre du Numérique a été encore plus directe :
« Le temps des petits projets est fini. Il nous faut désormais des câbles sous-marins mutualisés, des data centers régionaux, des modèles d’intelligence artificielle partagés et des normes communes de cybersécurité. Sinon, nous resterons à la traîne. »

1 milliard sur la table, mais des résultats exigés

 

Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, n’a pas fait dans la dentelle :
« Nous sommes prêts à accompagner tous les projets qui produisent des résultats concrets dans l’éducation, la santé, la finance inclusive et la gouvernance. Le numérique n’est plus une option, c’est la condition de survie économique de la sous-région. »

Traduction : l’institution est prête à débloquer des financements massifs, mais uniquement pour des initiatives régionales et non plus pour des projets nationaux en silo.

À Cotonou, vingt ministres africains et la Banque mondiale lancent un sommet décisif pour bâtir un marché numérique commun, connecter 300 millions de citoyens et accélérer la transformation digitale régionale.
© À Cotonou, vingt ministres africains et la Banque mondiale lancent un sommet décisif pour bâtir un marché numérique commun, connecter 300 millions de citoyens et accélérer la transformation digitale régionale.

Trois chantiers pour bâtir un marché numérique commun

 

Trois priorités dominent les débats pendant 48 heures :

  • Réduire la fracture numérique et connecter les 300 millions d’Africains encore hors ligne dans la zone.
  • Développer massivement les compétences en intelligence artificielle et compétences digitales pour créer des millions d’emplois qualifiés.
  • Construire enfin un Marché unique du numérique ouest et centrafricain avec des règles communes : paiements électroniques transversaux, reconnaissance mutuelle des signatures électroniques, roaming gratuit des données, etc.

À Cotonou, vingt ministres africains et la Banque mondiale lancent un sommet décisif pour bâtir un marché numérique commun, connecter 300 millions de citoyens et accélérer la transformation digitale régionale.
© À Cotonou, vingt ministres africains et la Banque mondiale lancent un sommet décisif pour bâtir un marché numérique commun, connecter 300 millions de citoyens et accélérer la transformation digitale régionale.

Un sommet pour changer les règles du jeu

 

Ce sommet pourrait marquer un tournant décisif. Les pays présents représentent ensemble plus de 450 millions d’habitants et un PIB cumulé qui dépasse les 900 milliards de dollars. S’ils parviennent à s’entendre sur des infrastructures communes et des normes partagées, l’effet de levier sera colossal.

Comme l’a martelé Abdoulaye Bio Tchané en clôture de la cérémonie d’ouverture :
« Si nous agissons avec ambition et constance, le numérique deviendra le pilier le plus solide de notre prospérité commune. »

Les conclusions du sommet, attendues mercredi 19 novembre, devraient déboucher sur une feuille de route précise et chiffrée. Une chose est sûre : l’Afrique de l’Ouest et du Centre ne veut plus subir la révolution numérique. Elle veut en écrire les règles.