À environ 45 kilomètres de Cotonou, la zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) raconte une ambition rare en Afrique de l’Ouest : ne plus exporter le coton brut, mais le transformer localement en vêtements destinés aux grandes enseignes internationales. C’est ce modèle que l’homme d’affaires camerounais Rodolphe Simo Kam est venu observer, mardi 3 novembre 2026, après avoir été reçu par le président béninois Romuald Wadagni.
Accueilli par Létondji Béhéton, directeur général de SIPI-Bénin, l’investisseur et son épouse Sorelle Simo Kam ont découvert un complexe de 1 640 hectares pensé comme une chaîne industrielle intégrée. Le site regroupe la filature, le tissage, la teinture et la confection, afin de convertir la fibre de coton béninoise en produits finis exportables.
Du coton brut aux vêtements exportés
La GDIZ entend rompre avec une économie fondée sur la vente de matières premières. Dans ses ateliers textiles, le coton traverse plusieurs étapes de transformation avant de devenir des polos, des leggings, des t-shirts ou des pantalons estampillés « Made in Benin ». Cette intégration change la valeur ajoutée. Au lieu de laisser l’essentiel des bénéfices aux industries de transformation situées à l’étranger, le Bénin conserve une part plus importante de la chaîne sur son territoire et crée des emplois industriels qualifiés.
La zone a déjà livré 80 000 leggings pour la marque française Kiabi, une première expédition intervenue en juin 2024. Elle travaille également avec H&M, Gémo, The Children’s Place et U.S. Polo Assn., preuve que ses produits répondent aux exigences de marques internationales.
Au-delà des machines et des bâtiments, la GDIZ mise sur le capital humain. Les ateliers emploient des milliers de jeunes Béninois, hommes et femmes, formés aux standards de production exigés par les clients internationaux. La zone annonçait déjà plus de 15 000 emplois créés en 2024, toutes activités confondues. Les données disponibles font état d’environ 16 000 emplois directs dans le secteur textile, un indicateur qui montre l’ampleur du pari industriel engagé.
Cette dynamique ne règle pas à elle seule les défis du marché du travail béninois. Elle démontre néanmoins qu’un investissement industriel structuré peut offrir des débouchés à une jeunesse souvent confrontée au chômage et à l’informel.
Un investissement de 1,5 milliard de dollars
Développée dans le cadre d’un partenariat entre l’État béninois et ARISE Integrated Industrial Platforms, la GDIZ repose sur un investissement annoncé d’environ 1,5 milliard de dollars, soit près de 900 milliards de FCFA. Le projet s’étale sur trois phases : 400 hectares pour la première, 600 hectares pour la deuxième et 640 hectares pour la troisième. Cette progression doit accueillir des activités allant au-delà du textile, notamment la transformation de la noix de cajou et du soja, la céramique, les motos électriques et l’industrie pharmaceutique.
La Banque africaine de développement du commerce (Afreximbank) a soutenu le financement de la zone, tandis que le site accueille également un centre africain d’assurance qualité. Ces éléments visent à renforcer la conformité des produits et la confiance des acheteurs internationaux.
Pour Rodolphe Simo Kam, président du Conseil de surveillance du Groupe SIMO KAM, la visite a constitué une immersion dans un modèle d’industrialisation africaine. Il a salué la modernité des installations, l’organisation du travail et la place accordée à la jeunesse. Son déplacement illustre aussi une stratégie diplomatique et économique : le Bénin cherche à attirer des capitaux africains autour de ses zones industrielles. La GDIZ devient ainsi une vitrine pour les entrepreneurs du continent, à la recherche de chaînes de valeur capables de produire localement et d’exporter vers les marchés mondiaux.
Le défi reste de maintenir cette trajectoire. La GDIZ devra garantir la compétitivité de ses coûts, la qualité constante de sa production et la montée en compétences de ses travailleurs. Mais elle apporte déjà une réponse tangible à une question centrale pour l’Afrique : comment transformer les richesses locales en produits finis, en emplois et en revenus durables.