COTONOU, 14 octobre 2026 — Le mardi 13 octobre, des experts béninois et allemands ont investi les locaux de la représentation diplomatique allemande à Cotonou. Ils ont planché sur le rapatriement des biens culturels et la consolidation des liens entre musées. Les ministères béninois de la Culture et des Affaires étrangères ont coorganisé ce symposium. Celui-ci s’inscrit dans un cycle de conférences porté par le gouvernement fédéral allemand.
Les participants ont dressé le bilan des acquis et tracé les perspectives d’une coopération durable pour valoriser le patrimoine. Cette rencontre intervient alors que les nations africaines réclament avec insistance la restitution des œuvres spoliées durant la colonisation. L’Allemagne, comme d’autres anciennes puissances coloniales, fait face à des demandes croissantes.
Berlin assume son héritage colonial
L’ambassadeur d’Allemagne au Bénin, le Dr Stefan Buchwald, a ouvert les débats. Il a reconnu la responsabilité historique de son pays dans la colonisation. L’ambassadeur a rappelé le retour de 22 bronzes au Nigeria dès 2022. Il a aussi évoqué le transfert juridique de propriété de plus de 850 objets.
Le Dr Stefan Buchwald a insisté sur les collaborations scientifiques, notamment avec l’École du patrimoine africain. Ces propos traduisent une volonté de dépasser les symboles. Les spécialistes présents ont salué cette dynamique. Ils ont néanmoins exigé des actes concrets et évaluables.
Les échanges ont placé la recherche de provenance au centre des préoccupations. Identifier l’origine des pièces conservées à l’étranger requiert des compétences spécialisées, du temps et des ressources. En mars 2026, l’Allemagne a instauré un Conseil de coordination. Cette instance facilite le retour des biens culturels et des restes humains issus du contexte colonial.
La professeure Barbara Plankensteiner, directrice du Musée Markk de Hambourg, a partagé l’expertise allemande. Elle a détaillé les coopérations menées avec le Nigeria. Le professeur Houénoudé, titulaire de la Chaire Unesco consacrée aux retours et restitutions à l’Université d’Abomey-Calavi, a enrichi les discussions. Ces interventions ont confronté les méthodes et identifié les bonnes pratiques. Elles ont aussi mis en évidence l’ampleur des défis logistiques et juridiques.
Digital Benin et le renforcement des capacités
La plateforme numérique Digital Benin a été présentée. Elle recense des collections réparties dans 20 pays et plus de 130 institutions. Elle sert d’outil de documentation et de mise en réseau. Cet outil permet de localiser des objets dispersés et de faciliter les demandes de restitution. Les participants ont exploré plusieurs pistes pour renforcer le partenariat. La formation des professionnels, la recherche sur les collections et les échanges scientifiques figurent parmi les leviers envisagés. Ces actions visent à doter les musées béninois et allemands de moyens accrus.
Elles doivent permettre de valoriser un patrimoine partagé. La rencontre a posé les bases d’une coopération plus étroite. Les experts plaident pour une approche concertée et un financement pérenne. Cette dynamique pourrait redéfinir durablement les relations muséales entre l’Afrique et l’Europe. Les deux pays entendent ainsi écrire une nouvelle page de leur histoire commune, fondée sur la transparence et le respect.
Le Kataklè, trône d’histoire, retrouve sa terre : une page mémorielle s’écrit au Bénin
Cotonou, 13 mai 2025 – Sous le ciel éclatant de la capitale béninoise, une cérémonie empreinte de solennité et de ferveur a marqué ce mardi un tournant dans la quête mémorielle du Bénin. En effet , le Kataklè, tabouret royal tripode, joyau du royaume du Danxomè, a été officiellement restitué par la Finlande, refermant une parenthèse de 133 ans d’exil. Ce siège sacré, symbole de stabilité, de pouvoir et d’unité, a retrouvé sa terre natale lors d’un événement vibrant d’émotion, orchestré au Palais de la Marina.
En prélude à cette remise historique, une audience conjointe s’est tenue au siège du ministère des Affaires étrangères, réunissant Olushegun Adjadi Bakari, Ministre béninois des Affaires étrangères, et Jean-Michel Abimbola, Ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, aux côtés d’une délégation finlandaise conduite par Mari-Leena Talvitie, Ministre finlandaise de la Culture. Par ailleurs , ce moment d’échange, empreint de respect mutuel, a scellé une coopération culturelle exemplaire entre les deux nations, illustrant une diplomatie dans laquelle la mémoire et l’avenir se conjuguent.
Le Kataklè : plus qu’un trône, l’âme d’un royaume retrouvée après 133 ans d’exil
Le Kataklè, sculpté dans un bois monoxyle, n’est pas un simple objet. Il incarne l’âme d’un royaume fondé au XVIIᵉ siècle, le Dahomey, dont la cour d’Abomey rayonnait par sa sophistication et son prestige. Utilisé lors des cérémonies d’intronisation, ce trône portatif portait les rois, symbolisant leur légitimité et l’unité du peuple. En 1892, lors de la conquête coloniale française menée par le général Alfred Dodds, il fut arraché, avec 26 autres trésors, au palais royal. Transféré à Paris, puis échangé en 1939 avec le Musée national de Finlande, le Kataklè disparut dans les réserves d’Helsinki, oublié pendant des décennies.
D’ailleurs, sa redécouverte, fruit d’une enquête minutieuse menée par l’historienne franco-béninoise Marie-Cécile Zinsou, la conservatrice finlandaise Pilvi Vainonen et le journaliste Pierre Firtion, a ravivé l’espoir d’une justice patrimoniale. « Ce retour n’est pas seulement celui d’un objet, mais d’un fragment d’histoire qui nous raconte et nous rassemble », a déclaré Jean-Michel Abimbola lors de la cérémonie, sa voix teintée d’une gravité émue.
Émotion et fierté : les Béninois accueillent leur ancêtre au Palais de la Marina
L’audience matinale, organisée sous l’égide de la diplomatie béninoise, a mis en lumière la volonté des deux nations de tisser des ponts au-delà de la restitution. Olushegun Bakari, avec l’élégance d’un orateur aguerri, a salué « un geste qui transcende les frontières et répare les silences du passé ». Mari-Leena Talvitie, quant à elle, a souligné l’engagement de la Finlande à « reconnaître les héritages spoliés et à œuvrer pour une coopération fondée sur l’empathie ». Ce dialogue, loin d’être un simple préalable protocolaire, a aussi esquissé les contours d’un partenariat élargi. Les délégations ont discuté d’économie, d’échanges culturels et de projets éducatifs, affirmant une ambition commune : ériger le Kataklè en symbole de réconciliation et d’élan partagé.
Par ailleurs, la cérémonie de restitution, ouverte au public dans la majestueuse salle des Ambassadeurs, a vibré d’une énergie collective. Tambours traditionnels, chants et danses ont accompagné l’arrivée du Kataklè, soigneusement transporté depuis Helsinki. Pour la première fois, les Béninois ont découvert cet objet, jamais exposé ni en France ni en Finlande, mêlant fierté et recueillement. « C’est comme accueillir un ancêtre longtemps perdu », confie Adélaïde, une étudiante venue assister à l’événement, les yeux brillants.
Ce retour s’inscrit également dans une dynamique plus large. Depuis 2021, date de la restitution par la France de 26 trésors royaux, le Bénin s’affirme comme un acteur majeur de la réappropriation patrimoniale. Ainsi , le Kataklè, 27ᵉ pièce de cette collection sacrée, rejoindra bientôt le Musée de l’Épopée des Rois et des Amazones du Danxomè, où il dialoguera avec les autres reliques pour narrer l’histoire d’un peuple résilient.
Au-delà de sa portée symbolique, cet événement interroge le rapport des nations à leur histoire coloniale. Le Bénin, sous l’impulsion du président Patrice Talon, ne se contente pas de récupérer des objets : il reconstruit un récit national, valorisant son patrimoine comme levier de tourisme et d’éducation. « Chaque pièce restituée est une page que nous réécrivons ensemble », a affirmé Alain Godonou, chargé de mission aux patrimoines, dans une récente interview.
Alors que le soleil déclinait sur Cotonou, la cérémonie s’est achevée sur une note d’espoir. Le Kataklè, modeste par sa taille, mais immense par sa portée, trône désormais chez lui. Il rappelle que la mémoire, lorsqu’elle est honorée, peut devenir un pont entre les peuples, un élan pour les générations futures. Dans ce geste, le Bénin et la Finlande ont écrit, ensemble, une ode à la dignité retrouvée.